Lectures

Le petit mettait ses bottes, le gros orteil du pied gauche, nu, avait percé un trou dans ses bas.  Je le voyais essayer de le faire bouger seul, tenter de le dissocier des autres à coup de grimace et dans une totale candeur.  On n’avait pas le temps d’aller chercher une autre paire de bas, je lui ai dit de faire attention à ne pas laisser entrer de la neige dans ses bottes, bien inutilement je le savais.  Au dîner il est revenu avec le pied gelé et j’ai pu lui dire « J’espère que tu vas t’en souvenir! » encore bien inutilement, il ne s’en souviendrais pas, c’était comme dire à un gars de 17 et demi de ne pas prendre de bière dans un party.  J’ai massé son pied et on a changé la paire de bas, il me regardait en silence, je crois bien qu’il se disait « J’espère qu’il va s’en souvenir ». 

Je venais de terminer la lecture de « L’école des films » de David Gilmour, en gros:  Un père à court d’idée devant les difficultés de son fils de 15 ans à l’école, lui propose de ne plus y aller sous quelques conditions; principalement ne pas prendre de drogue et s’engager à écouter au moins 3 films par semaine sélectionnés par le père. 

Histoire vraie et charmante de vérité face au rôle de parent.  Ça se lit tout seul et si on a des enfants on se met facilement à la place du père.  De plus si on est moindrement cinéphile, on partage avec l’auteur son goût pour le cinéma et on prend plaisir à comparer nos préférences, nos visions et à découvrir des films qu’on n’a jamais vu; j’ai fait ma petite liste perso et MON numéro 1  est Adieu ma concubine de Chen Kaige suivit d’Il était une fois la révolution de Sergio Léone,  j’ai redécouvert A.I de Speilberg, un film qui vieillit bien.

J’ai lu également, L’homme blanc de Perrine Leblanc, un premier roman remarqué cet automne.   Cet homme blanc est  un orphelin du goulag russe des années 40 écrit par une jeune auteure québecoise et russophile.  Malheureusement, je sortais du Bibi de V.L.B., un roman de boyaux, de gros soulier à chausser, et j’ai personnelement trouvé qu’il ne se passait rien dans cet homme blanc, rien de viscéral, comme si l’histoire et le personnage avaient permis à l’auteure de nous présenter des bribes de ses connaissances et des découvertes qu’elle a faites sur la Russie; le goulag, le cirque russe, l’évolution du communisme et le fonctionnement des systèmes parallèles…

Tout ça passe trop vite(au moins on ne s’ennuie pas) et n’est à mon avis que frôlé, dommage car le personnage avait un fort potentiel, m’est avis que ce livre est  réfléchi mais pas assez appronfondi, je n’aurais pas que mis l’orteil en Siberie mais le pied au complet.   Ça demeure du travail sérieux et il y a quelques belles trouvailles tel que les règles à observer en prison que je vous laisse découvrir à la lecture du roman qui vaut quand même la peine d’être lu.

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